La théorie polyvagale

En préambule, je tiens à préciser que dans la première partie de ce texte, je vais expliquer pourquoi et comment j’utilise cette théorie dans les séances que je propose à mes patients, ceci sans rentrer dans les détails. Puis pour ceux qui veulent aller plus loin dans la compréhension et les explications, je fais quelques rappels anatomophysiologiques et développe succinctement les différents aspects de cette théorie. Cette seconde partie est un peu plus ardue à lire pour des lecteurs sans notion médicale bien que j’ai essayé de l’écrire simplement et brièvement tout en fournissant l’essentiel des informations qui me semblent pertinentes à une bonne compréhension théorique.

Le pourquoi

La théorie polyvagale est une nouvelle description et explication du fonctionnement du système nerveux autonome (dont particulièrement son nerf Vague) qui lui assure la jonction entre le psychisme et le corps. Sauf quelques cas comme traumatisme physique ou opération chirurgicale, un déséquilibre du système nerveux autonome est à la base de tout malaise, symptôme et maladie qui signe une désadaptation de l’homéostasie. Ce système donc est une base très importante de bien-être aussi bien physique que psychique.

Voici donc la raison principale de son utilité en ostéopathie.

De plus, je trouve que son utilisation est complémentaire au travail effectué en somatopathie. Je me suis rendu compte que l’interaction des deux permet de supprimer ou fortement diminuer les motifs de consultation dans la grande majorité des cas sans rien faire de plus.

Mon objectif est d’aider mes patients à intégrer les difficultés conscientes ou inconscientes qu’ils rencontrent dans leur existence actuelle aussi bien au niveau physique, psychique ou émotionnelle. Si leurs difficultés sont justement des difficultés pour eux, c’est quelles re-stimulent, réveillent ou mettent en lumière des faiblesses ou des traumatismes plus anciens et non intégrés.

D’après mon expérience comme sujet et comme praticien, la somatopathie permet de travailler avec une prédominance mentale et émotionnelle tandis que la normalisation du nouveau nerf Vague permet de travailler avec une prédominance réflexe ce qui correspondrait à un travail global au niveau des trois cerveaux (néocortex, limbique et reptilien). Une prédominance veut dire que statistiquement la réponse au traitement est plutôt avec une tonalité particulière mais peut tout à fait être différente chez un ou plusieurs individus particuliers.

Cette théorie explique aussi pourquoi, dans la majorité des cas, il ne sert à rien d’essayer de normaliser les niveaux inférieurs du système nerveux autonome (sympathique et parasympathique). Leur déséquilibre apparent est le plus souvent dû à une inhibition du nouveau nerf Vague qui ne peux plus assurer sa fonction régulatrice. Restaurer cette fonction permet des résultats bien meilleurs et bien plus pérennes sur le long terme ainsi qu’une action beaucoup plus globale vers un retour physiologique d’une bonne santé physique et psychique.

Le comment

En pratique, je commence toujours avec la somatopathie par nettoyer toutes les zones tissulaires liées à des perturbations conflictuelles actives ou réactivées personnelles ou transgénérationnelles. Puis, je rééquilibre le nouveau nerf Vague ainsi que tous les nerfs crâniens et centres supérieurs en relation avec celui-ci. En effet, de mon point de vue, le système nerveux autonome réagissant et donnant une réponse physique à nos ressentis et intentions, après avoir nettoyé ce qui est accessible dans l’instant au niveau psychique via les zones mémorielles tissulaires re-stimulées, il est important de ré-harmoniser le nouveau nerf Vague. L’idéal serait d’obtenir un reset ou remise à zéro de ce système à minima par rapport à ce qui a été intégré en somatopathie. Car, toujours de mon point de vue et expliqué plus haut, les niveaux d’action n’agissent pas sur les mêmes zones cérébrales.

Parfois, cet idéal est atteint et la personne a un niveau de conscience et un ressenti différent grâce, en particulier, à une libération « totale » du nouveau nerf Vague. Ayant eu la possibilité de connaitre quelquefois ces états là lors de mon développement personnel, j’ai toujours été étonné de ressentir cette présence au monde, cet amour inconditionnel et empathie de tout et de tous, ce calme intérieur immobile spectateur et origine de l’acteur au monde.

Ces états d’être, décrits par bien d’autres que moi, sont l’expression de la manière dont nous autres humains, pouvons ou pourrions vivre avec notre voie (et voix) du « cœur » qui justement est celle du nouveau nerf Vague.

Rappels anatomo-physiologiques du système nerveux

Le système nerveux central et périphérique

Celui-ci est une unité fonctionnelle mais anatomiquement décrit en 3 parties :

1 – le système nerveux central composé de l’encéphale (correspondant au cerveau ou hémisphères cérébraux, au cervelet et au tronc cérébral) et de la moelle épinière. Ces structures sont protégées par une enveloppe protectrice : la dure mère et par des os : la boite crânienne pour l’encéphale et les vertèbres pour la moelle épinière d’où l’appellation de système nerveux central.

Il a un rôle d’analyse de toutes les données sensitives qu’il reçoit et un rôle d’émetteur d’influx nerveux.

2 – le système nerveux périphérique est composé de tous les nerfs rattachés au système nerveux central mais extérieur à lui : les 12 paires de nerfs crâniens prenant naissance dans l’encéphale et les 31 paires de nerfs rachidiens sortant de la moelle épinière.

Il est constitué par les voies afférentes sensitives reliant tous les organes au système nerveux central et par des voies efférentes motrices reliant ce dernier à tous les organes qui, elles même, sont différenciées en de 2 types :

     – les efférences somatiques qui innervent les muscles squelettiques. Elles sont soumises à un contrôle volontaire et correspondent au système nerveux somatique.

     – les efférences autonomes (aussi appelées végétatives) qui innervent les muscles lisses situés dans les parois de nombreux organes et les glandes. Elles ne sont pas soumises à un contrôle volontaire et correspondent au système nerveux autonome ou végétatif.

Le système nerveux périphérique a un rôle de transmission des influx nerveux vers ou à partir de toutes les structures de l’organisme.

Le système nerveux autonome

3 – Le système nerveux autonome est donc composé par les efférences autonomes qui sont de 2 types :

     – les efférences sympathiques (ou orthosympathiques) correspondant au système nerveux sympathique ayant un rôle d’activation (avec une régulation fine organe par organe) et réagissant surtout aux changements extérieurs de l’environnement. Sa régulation est surtout assurée par les influx sensoriels et sensitifs comme la nociception (réaction des récepteurs sensitifs provoquée par des stimulus qui menacent l’intégrité de l’organisme) ou le stress.

     – les efférences parasympathiques correspondant au système nerveux parasympathique ayant un rôle d’inhibition (avec une régulation globale du corps) et réagissant surtout aux changements intérieurs de l’organisme. Sa régulation est assurée par le feedback (retour d’informations) des organes. Il est à noter que ce système régule en permanence celui du sympathique ; donc quand son activité diminue (physiologiquement ou sous stress), l’activité du système sympathique se met à dominer et peut rester anormalement haute ou excessive en cas de stress continu. Ainsi toute hyperactivité du sympathique implique en premier une dépression du parasympathique.

Une troisième division du système nerveux autonome est souvent décrite : il s’agit du système nerveux entérique qui contrôle tout le système digestif. Ce système nerveux est appelé « cerveau intestinal » ou beaucoup plus récemment « deuxième cerveau ». Bien que sous contrôle permanent du système nerveux central, il est relativement indépendant dans son fonctionnement par rapport au système nerveux autonome. Mais si le besoin s’en fait sentir, ce dernier peut reprendre la main sur lui pour le réguler. C’est aussi par cette voie que les émotions peuvent avoir une influence sur son fonctionnement.

Le système nerveux autonome régule et coordonne en permanence toutes les fonctions vitales du corps (cardiaque, respiratoire, digestive, glandulaire, métabolique, reproductrice, …) ce qui correspond au maintien de l’homéostasie (capacité de l’organisme à maintenir un équilibre interne quelles que soient les contraintes extérieures).

Pour ce faire, il travaille aussi, main dans la main, avec le système hormonal et immunitaire pour la défense de l’organisme bien qu’intervenant le premier grâce à sa capacité de rapidité de réaction (quelques millisecondes).

Le fonctionnement du système nerveux

Le système nerveux central intègre et régule en permanence toutes les informations transmises par les voies afférentes sensitives, ces informations concernant aussi bien le milieu extérieur environnemental que le milieu intérieur de l’organisme. Il analyse et interprète toutes ces informations en fonction de notre perception de notre environnement et notre corps (perception du corps et de soi-même comme être unifié et distinct de l’environnement), de nos objectifs conscients et/ou inconscients, de nos motivations, de notre vécu, de nos expériences, de nos capacités, de nos apprentissages, … Tout ce traitement informatif conscient et inconscient est appelé « intégration » qui permet d’aboutir à une réponse motrice transmise à l’ensemble de l’organisme. Cette réponse peut être consciente et volontaire (par exemple : je dis bonjour à quelqu’un que je connais en lui tendant la main) via le système nerveux somatique ou bien inconsciente et automatique (par exemple : ma fréquence de battement cardiaque s’accélère  car je vois au loin l’être que j’aime) via le système nerveux autonome.

Ce qui implique que tout notre vécu en tant qu’être humain, aussi bien physique que psychique, est en rapport avec le fonctionnement de notre système nerveux autonome. Il est le système physiologique servant de support à la réception et l’émission de tous nos processus psychiques (comportements, émotions, sensations, actions, pensées, …) que ceux-ci soient conscients ou inconscients. C’est donc lui qui assure la jonction entre le psychisme et le corps.

Ce qui explique sa sensibilité au stress. En effet, devant en permanence adapter les besoins internes de l’organisme face aux conditions externes, toute situation perçue ou vécue de façon stressante, l’oblige à rompre l’équilibre physiologique de l’homéostasie pour réguler au mieux ce stress. Si celui-ci est excessif ou récurrent, il fait le lit de toutes les dysfonctions du système nerveux autonome et leurs répercutions pathologiques sur tous les organes dépendant de lui.

La théorie polyvagale

Comme écrit en introduction, la théorie polyvagale s’intéresse au fonctionnement du système nerveux autonome et plus particulièrement à la dixième paire de nerfs crâniens (le droit et le gauche) appelés nerfs Vagues, en en changeant la conception de leur fonctionnement. Ces nerfs ont été dénommés Vagues car anatomiquement, ils sont difficiles à décrire puisqu’ils ont le plus grand territoire d’innervation de l’organisme ; ils sont aussi appelés pneumogastriques car ils innervent les organes sus et sous-diaphragmatiques. Il est à noter que ces 2 nerfs ne sont pas symétriques : le droit possède un territoire plus étendu par rapport au gauche très certainement de par l’organisation asymétrique des viscères et le droit est aussi prépondérant sur l’innervation cardiaque.

C’est le professeur Stephan W Porges, chercheur américain en neurosciences du comportement, qui a conceptualisé cette théorie dans les années 90 tout en continuant depuis à l’approfondir et à la mettre à jour en fonction de ses recherches. Il s’est basé sur ses découvertes anatomiques et sur les modifications du système nerveux autonome au cours de l’évolution de la vie depuis ses débuts sur notre planète.

Une nouvelle description anatomique

Il a observé que chez les mammifères uniquement, le nerf vague (ou pneumogastrique) qui est le principal support du système nerveux sympathique, n’avait pas qu’une seule branche comme admis jusqu’à présent mais 2 distinctes anatomiquement :

     – la première appelée « ancienne » correspond au premier système nerveux autonome apparu au début d’évolution chez ces animaux

     – la seconde appelée « nouvelle » est apparu beaucoup plus tard dans l’évolution.

Le nerf vague est un ensemble de fibres nerveuses (dont 80% sont sensitives) ayant des origines dans plusieurs zones du bulbe rachidien. Ses deux branches en partent donc de 2 noyaux différents :

     – le noyau dorsal du Vague pour l’ancienne (d’où son autre appellation de branche « dorsale »). Ces fibres sont amyéliniques (sans protection de myéline qui est une substance protectrice et isolante de certaines fibres nerveuses) à conduction lente et contrôlent principalement les organes viscéraux sous-diaphragmatiques.

     – le noyau ambigu (en position ventrale par rapport au précédent) pour la nouvelle (d’où son autre appellation de branche « ventrale »). Ces fibres sont myélinisées à conduction rapide (permettant une gestion plus rapide et modulé de l’activité cardio-pulmonaire) et ne représentent que 3% de l’ensemble du nerf Vague. Elles contrôlent principalement les organes viscéraux sus-diaphragmatiques.

L'évolution du système nerveux autonome

Les travaux de Porges sont aussi basés sur l’étude comparée du système nerveux autonome tout au long de la phylogénèse animale racontant l’histoire évolutive de ces espèces. La survie et le développement de ces dernières dépendent de leurs capacités adaptatives aux contraintes de leur environnement ainsi que leurs aptitudes et capacités à y survivre. Or, la principale fonction du système nerveux autonome est l’adaptation puisque, en permanence, il module le fonctionnement de toutes les différentes parties de l’organisme, assurant ainsi sa meilleure survie en fonction des conditions extérieures environnementales dans lesquelles il évolue.

Si on reprend l’évolution des animaux, les premiers ont d’abord développé des stratégies de défense par l’immobilité : la réponse adaptative consiste à diminuer drastiquement toutes les activités biologiques et métaboliques quand leur milieu habituel ne leur était plus favorable (les animaux les plus primitifs étaient incapables de se déplacer et étaient donc entièrement dépendants de leur environnement, liquide à l’époque, qui leur apportait passivement leur nourriture),à s’effondrer, à s’évanouir ou à feindre la mort (pour beaucoup de prédateurs, une proie morte n’a aucun intérêt). Toutes les fonctions vitales sont réduites à quasiment rien. Ce stade correspond au système parasympathique avec le nerf Vague ancien. Certains animaux peuvent toujours fonctionner ainsi mais pour les mammifères, cette réponse adaptative est mortelle en cas de durée prolongée.

Puis, l’évolution se poursuivant, les animaux ont acquis des aptitudes de mobilité permettant entre autre, une recherche active de nourriture. De manière concomitante, leur système nerveux a évolué pour permettre une réponse adaptative de fuite ou de combat grâce au système sympathique. Ce dernier peut accélérer les fonctions cardiaque et respiratoire, mobiliser le sang et les réserves énergétiques pour les muscles et inhiber (comme le système parasympathique) les fonctions viscérales non vitales temporairement comme la digestion, par exemple. Le système sympathique apparaît à ce stade évolutionnaire.

L’évolution continuant sa course, les mammifères apparaissent. Et, chez les supérieurs, et tout particulièrement l’espèce humaine, une organisation sociale de plus en plus élaborée se met en place. Ce stade voit l’apparition du nouveau nerf Vague n’innervant que les organes sus-diaphragmatiques et étant capable de ralentir le cœur et les poumons. Ce nerf est en étroite relation avec les nerfs faciaux et crâniens utilisés dans les relations sociales. Il permet l’adaptation au comportement social en groupe, gage de sécurité par rapport aux congénères et, in fine, à la survie générale de ce même groupe. Ainsi l’évolution du nouveau nerf Vague qui correspond à ce stade, permet un engagement social constructif dans un environnement sécure.

Un nouveau fonctionnement du système nerveux autonome

Porges décrit donc le système nerveux autonome comme un système à 3 niveaux à activité séquentielle, dont le nouveau niveau est capable de réguler voire d’inhiber l’activité des 2 autres et non plus comme un système binaire (sympathique et parasympathique antagonistes et réciproques).

Il est à noter la similitude de développement et de fonctionnement du système nerveux autonome ainsi décrite avec celle en couches ou niveaux fonctionnels des trois cerveaux de Mc Lean (reptilien, limbique et néo-cortex).

Nous allons étudier un peu plus en détail ces 3 niveaux dans leurs fonctions réciproques :

Le nerf Vague ancien

– c’est le niveau le plus bas dans la hiérarchie du système nerveux autonome

– son territoire d’innervation principalement sous-diaphragmatique, c’est donc le grand gestionnaire de la digestion normale et des besoins métaboliques assumant ainsi l’homéostasie

 – quand il n’est pas inhibé par les 2 autres, il permet d’avoir une réponse face à une menace de type immobilisation, sidération ou simulation de mort. Et ce, en réduisant l’activité métabolique au minimum avec un ralentissement du rythme cardiaque (bradycardie) et une diminution de l’afflux sanguin cérébral, expliquant les diminutions de capacités mentales et donc d’analyses et de rationalité ainsi que les ressentis de vide, de désespoir, d’engourdissement et de difficulté d’engagement social liés à cette réponse

– sa stimulation excessive génère un malaise vagal avec tous ses signes associés (sensation de faiblesse, bouffées de chaleur, vertiges, troubles de la vision, pâleur, sueur, …) pouvant aller jusqu’à la perte de connaissance.

Le système sympathique

– c’est le niveau intermédiaire dans la hiérarchie du système nerveux autonome

– son territoire d’innervation correspond pratiquement à tous les tissus corporels

– il permet de répondre à une menace physique, de conflit émotionnel ou de stress soit parce le nouveau nerf Vague ne peut le contrôler soit parce que, bien que ce dernier soit fonctionnel, la réponse « attaque ou fuite » est la plus optimum dans une situation donnée

– il assure des réponses adaptatives bien plus complexes et élaborées que le nerf Vague ancien et des réactions de survie actives dans le maintien du territoire, la recherche de nourriture et de partenaire sexuel

– physiologiquement, il permet d’évoluer et d’agir dans notre environnement en exacerbant notre motricité, notre force musculaire et l’acuité de nos sens en diminuant la fonction digestive pour envoyer le sang vers les extrémités et les muscles pour donner les meilleures conditions pour fournir des efforts physiques

– sa stimulation excessive induit une hypervigilance, un surinvestissement dans l’action et une hyperréactivité émotionnelle avec des réactions défensives excessives comme l’agressivité.

Le nouveau nerf Vague

– c’est le niveau le plus haut dans la hiérarchie du système nerveux autonome

– son territoire d’innervation est sus-diaphragmatique, le contrôle et la modulation de celui-ci est très rapide et très fin grâce aux fibres myélinisées comme expliqué plus haut

– il est fortement lié anatomiquement avec tous les nerfs crâniens régissant la vision, l’audition, le tonus facial permettant les expressions faciales ainsi que les muscles servant à l’alimentation, la déglutition et la phonation

– physiologiquement, il régule le débit cardiaque, a une action sur les expressions faciales et la vocation, permet de discriminer la nature de notre environnement (principalement par la vue et l’audition) en sécure, neutre ou dangereux. Il est donc actif dans toutes les interrelations sociales se déroulant dans des situations où l’on se sent en sécurité

– ainsi il est associé à tous les comportements sociaux positifs comme l’approche, le contact, la communication et la création de liens affectifs et les sentiments de sécurité, de confiance et d’amour incluant la compassion et l’empathie.

La neuroception

Porges pour mieux expliquer le fonctionnement du système nerveux autonome a aussi conceptualiser la notion de « neuroception ». Elle se définit comme un mécanisme biologique inné permettant une évaluation du risque environnemental et modulant l’activité du système nerveux autonome via les centres cérébraux supérieurs.

La neuroception est notre capacité à percevoir la sécurité et l’insécurité de manière consciente et aussi et surtout de manière inconsciente. Elle permet donc un engagement des différents niveaux du système nerveux autonome pour répondre à son analyse : sécurité entraîne une réponse avec l’utilisation du nerf Vague nouveau alors qu’insécurité met en route le système sympathique ou le nerf Vague ancien.

Certaines parties du cortex temporal sont impliquées dans la neuroception, celles qui permettent d’analyser les mouvements dans l’environnement et le décodage social (par les voix, les visages, les mouvements des mains, …).

Ce mécanisme, biologique rappelons-le, peut être perturbé par des pathologies ou des traumatismes. Un paranoïaque aura du mal à se sentir en sécurité où qu’il soit, de même qu’un enfant battu aura des comportements différents d’un enfant aimé et choyé. Leur neuroception fera fonctionner leur système autonome de manière différente entraînant des réponses sociales gênantes et invalidantes aussi bien pour eux que pour les autres.

Après cette présentation sommaire des découvertes et des concepts de Porges, je vais vous décrire leurs implications dans la gestion globale de la santé et du bien-être.

La néoténie

Mais d’abord, je dois faire un petit rappel sur une notion que j’ai abordée dans la rubrique « somatopathie » : la néoténie, qui correspond à un phénomène de prématurité de la naissance humaine par rapport à un état plus mature de celle des autres mammifères. Par exemple, un poulain est capable de marcher et courir dans les heures qui suivent sa naissance (après une gestation de 11 mois), un bébé devra attendre des mois et des mois pour être capable de faire de même. Cette naissance, pour nous les humains, comme « avant terme », est imposée par le développement du volume cérébral qui empêcherait l’accouchement en créant un diamètre crânien de l’enfant trop grand par rapport aux diamètres pelviens de la mère s’il était mené à terme in utero. Ce qui implique que nous sommes beaucoup plus dépendants de nos parents en terme de survie que les autres mammifères.

Biologiquement, nous sommes programmés pour répondre aux situations de détresse ou de conflit, en tout premier ressort, par l’engagement social. C’est pourquoi à la naissance, toutes les fonctions de survie du nouveau-né sont celles permettant l’attachement affectif.

L'attachement affectif

Le protoregard (du grec « protos » premier) est le premier échange visuel du bébé à l’air libre et permet de créer les liens d’attachements, base des relations futures de la nouvelle triade enfant-parents. Ce protoregard est considéré comme la naissance psychique et il a lieu dans un laps de temps particulier d’éveil calme (durant une à deux heures) correspondant au temps d’adaptation de l’organisme à son nouvel univers. Pendant cette période, le système nerveux autonome est sur-sollicité car la respiration doit se mettre en route, la régulation thermique aussi, tous les sens sont stimulés, de nouvelles sensations apparaissent.

Après ça, le bébé va être capable de réagir et de répondre à la voix (tout particulièrement celle de sa mère), d’avoir un contact visuel, de réagir aux expressions faciales de son entourage par les siennes. Ces interactions via les nerfs crâniens (nerfs optiques, oculomoteurs, auditifs) permettent la production de certains neurotransmetteurs, eux même activant et stimulant le développement sensitivo-moteur et cognitif, et d’ocytocine, elle-même induisant les sensations de plaisir, de bien-être et surtout le plus fondamental de sécurité.

Les premiers temps, l’alimentation est l’activité principale du bébé. Téter, sucer et déglutir comme d’ailleurs mastiquer, font intervenir les nerfs trijumeaux, glosso-pharyngiens, Vagues et grands hypoglosses.

L'engagement social

Neuro-anatomiquement, le nouveau nerf Vague est donc relié à presque tous les nerfs crâniens permettant l’engagement social et commandant les muscles : du visage pour l’expression faciale (émotionnelle), des paupières pour le « regard » et le contact visuel, de l’oreille moyenne pour le discernement de la voix humaine par rapport aux autres bruits de l’environnement, de la mastication pour l’aspect social des repas partagés, du larynx et pharynx pour la modulation de la parole ou la vocalisation, rotateurs de la tête en relation avec les muscles des yeux et de l’oreille pour favoriser l’orientation du regard, la poursuite visuelle et la localisation des sons ; ou bien sûr, le désengagement environnemental si nécessaire. L’activation du nouveau nerf Vague a donc une action calmante simultanée sur les viscères et les muscles du visage pour favoriser les interactions sociales positives.

L’engagement social n’est pas que purement réflexe, il existe une part de contrôle provenant du cerveau, tout particulièrement du cortex cérébral qui permet toutes les activités précédemment décrites en cas de perception d’environnement sécure. En cas de sentiment de stress ou d’atteinte vitale, les autres branches du système nerveux autonome seront activées pour se focaliser sur le danger, en se désengageant du reste de l’environnement. L’engagement social positif n’est plus de mise dans ces situations, perçues et vécues négativement.

Ses perturbations

Il en résulte que le développement et le fonctionnement de ce système peut être perturbé, voire gravement compromis, pendant la petite enfance aussi bien par des problèmes physiques (atteinte cérébrale, hospitalisation avec rupture du milieu familial, …), d’absence de lien parental en particulier maternel ou de parents maltraitants, conditions de vie s’apparentant à de la survie (cas de guerre par exemple), …

Les enfants vivants dans ces conditions n’ont pas la possibilité de développer ou d’utiliser leur engagement social parce qu’ils doivent sur-stimuler leurs stratégies de défense pour arriver à survivre. Entraînant ainsi souvent des réponses agressives ou de fuite dans leurs interactions sociales comme base comportementale, et ceci même si le contexte semblerait sécure à la majorité des gens. Ils auraient comme un engramme (trace mémorielle enregistrée dans le cerveau) comportemental « réflexe » comme principale réponse à l’interaction sociale.

De par les liens anatomiques entre le système nerveux autonome et les systèmes immunitaires et endocriniens, en plus d’être pénalisant sur le plan relationnel, la sur-stimulation sympathique, liée à une hypoactivité du nouveau nerf Vague, a une action immunosuppressive globale favorisant donc une santé plus chancelante et favorise aussi les problèmes thyroïdiens et surrénaliens. En effet, la thyroïde et les surrénales sont des glandes de l’activité et de l’action via leur fonction hormonale, stimulant le métabolisme et fonctionnant de concert avec le système sympathique. Une sur-stimulation de celui-ci entraîne, à terme, un dysfonctionnement thyroïdien et surrénalien.

Nous voyons donc que le système nerveux autonome et en particulier le nouveau nerf Vague est une base très importante de bien-être aussi bien physique que psychique.